dimanche 15 février 2015

Un matin au Potager

Quelle stupeur vous fait le jour quand la nuit fut courte!

Sur toute sa durée, votre corps jette des regards surpris aux rayons. C'est délicieux. C'est incroyable. Rien en vous de biologique n'accepte l'évidence du règne solaire. Et sans cesse le brouillage intérieur conteste la claire et veloutée douceur. L'estomac chaviré, les pensées troubles se délitent au contact charnel et lumineux de la poigne astrale qui définit vos contours flous, raffermit vos désirs, dilate votre cœur. Un sang neuf pulse dans vos veines, un Souffle vous habite, augmente en vous l'envergure symbolique. La poésie sors de vos lèvres avec l'aisance d'une langue maternelle: enfouie, cachée, découverte, retrouvée.

Oh ce soleil improbable depuis aujourd'hui une semaine! Combien réparateur.
Bénis sois-tu Seigneur des puissances, qui fixa aux cieux la course des astres. Toi le Maître des nuées dont tu permets l'épanouissement, la disparition. Voilà que les nuits sont claires et stellaires, que le ciel est d'un bleu sans nuage, qu'au matin le givre a recouvert la terre, rosée figée, à la surface des choses, fraîches, en attente.

Je retrouve ma disponibilité intérieure. À nouveau je me demande: comment déshydrate-t-on de la soupe sans la brûler?

La vie.

(Décembre 2013)

samedi 14 février 2015

Filigrane

Nom masculin
Du latin filum > fil, et granum > grain

Dessin qui apparaît sur certains papiers quand on les regarde par transparence. 

(2) et (3)
Comment peut-on voir les filigranes ?

Le texte imprimé masque parfois les filigranes. Pour les rendre visibles on a recours à une radiographie qui a la propriété de les mettre en évidence.

Comment peut-on les identifier ?

Pour identifier un filigrane, il faut se reporter à des répertoires ou des bases de données spécialisées. Cette identification reste toutefois difficile à établir car les filigranes ont donné lieu à de nombreuses variantes et contrefaçons.

La fabrication papetière artisanale traditionnelle avec ses filigranes subsiste encore aujourd’hui. On peut citer dans le sud-ouest le Moulin du Verger et celui de Fleurac en Angoumois, les Moulins de Larroque et de Pombie en Aquitaine. (2)

Motif réalisé en fil de laiton, cousu sur le tamis. La pâte à papier se dépose moins à l'emplacement du relief du filigrane. Ce "manque" de pâte se verra en transparence dans le papier une fois sec (4)

Ce terme provient de l'orfèvrerie. En bijouterie antique, ce sont de minces fils de métal, en or ou en argent, parfois torsadés, soudés sur une plaque de métal ou entre eux. La filigrane produit un effet de « broderie ». L'orfèvrerie étrusque en usa depuis sa période orientaliste.

Boucle d'oreille étrusque en forme de barillet - VIe s av. J.C. - Musée du Louvre (5)
Détail d'un coffret en vermeil filigrané_Johann Martin Schott, vers 1820, Francfort (6)
Le terme filigrane désigne aussi le fil qui court le long de la poignée des sabres ornés

Sources: 
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Filigrane
(2) https://bibliotheque.bordeaux.fr
(3) https://bibliomab.wordpress.com
(4) Moulin de Verger, Poitou-Charente, France
(5) Musée du Louvres, Paris, France

mardi 9 septembre 2014

Jardinage lunaire

Cette Pleine Lune est la Lune des Moissons. Elle permet aux agriculteurs d'Amérique du Nord d'assurer les moissons tard dans la nuit. Ici, elle permet à Michel de jardiner en pleine nuit !





Instrument 
focale de 200 mm

Pose et film 
1/2 s sur APN Canon 5D MarkII + Sigma 100-300 1:4

Date et lieu 
13 septembre 2011, Tréguennec (Finistère)

Laurent Laveder

L'espace et le temps_1/2 Le méridien de Greenwich

   Au nom de toutes nos lignes imaginaires, de l'horizon au pas de la porte, celles de toutes nos territorialisations, il me semble crucial d'aborder le cas du méridien de Greenwich.

C'est aujourd'hui la ligne qui, au-delà d'hanter l'imaginaire collectif, définit en grande part l'espace-temps de notre monde moderne. Bien sûr, des puristes dirons que la ligne suit désormais les frontières étatiques, que les maîtres du temps sont aujourd'hui à Paris, où de puissantes machineries réajustent nos minutes en infimes variations... Qu'importe. Les puissances d'abstraction de la raison humaine se heurtent bien souvent aux réalités naturelles. Mais s'adapter, c'est survivre.

Pour mesurer la longitude, ceinture aux reins, ceignant la ventrue plénitude terrestre, nous avions l'Equateur. Mais sur une terre mi-jour, mi-nuit, où démarrer la mondiale journée? Disons que la question n'eut que peu d'importance durant la quasi totalité des 3 Ma et quelques 2000 ans d'existence de l'espèce d'espèce humaine (le genre Homo apparait à -2,9 Ma BC). Le temps était solaire. Si le Nord est la direction première donné à l'espace, l'Est est celle de la stellaire origine du temps. Ainsi l’alternative dispensation/rétention de la lumière organise la vie des hommes. Le jour pour le labeur des vivants, sous l’œil exigeant du soleil; la nuit pour le sommeil, repos des vivants, et celui (on l'espère), plus long, des morts.
Et déjà, l'homme, en équilibre au centre de la boussole, est la mesure de toute chose: son corps est son premier instrument. Le pas arpente et la main saisit. Debout, il connait la direction verticale, celle de la divinité fécondant la terre par l'ondée, celle qui fait de lui le lien entre les choses d'en haut et celle de la terre, les célestes et les terrestres. Étendant les bras et les pas, l'homme carrefour appréhende l'horizontalité, territoire sans cesse concurrencé par le végétal non désiré, l'animal hostile, puis l'autre homme, lui-même: une surface à habiter, cultiver et défendre. Mais avec la nuit vient la trêve, et les paupières closent le combat jusqu'au matin. Le feu, infime partie de l'astre flamboyant, est trop faible pour éteindre les ténèbres. Et avant de parvenir à créer un artificiel jour domestique conséquent... on en prend pour un paquet de milliers d'années.

Seulement voilà, un beau jour, ou peut-être une nuit (plutôt, oui), le feu rencontre le gaz et s'en va ostensiblement brûler à intervalles réguliers entre les maisons d'hommes. Lesquels s'étaient entre temps agglutinés en urbanité, afin de grouper l'habiter, périmètrer/périférer le cultiver, et renforcer le protéger. Les lampadaires commencent à grignoter la nuit. Les machines chahutent les distances, rapprocher les espaces...Désormais, en faisant un petit effort, on pourrait se taper un éternel coucher de soleil en avion.

Bref, rien ne va plus. Il s'agirait de savoir à quelle heure prendre le thé afin d'éviter le fâcheux incident de le servir deux fois, à Lyon puis à Edinburgh sous prétexte qu'il soit toujours cinq heures. Par bonheur pour les vessies, de fameux laboratoires/observatoires imposent leur autorité scientifique en matière de référence temporelle, histoire de ranger un peu ces fluctuations naturelles qui, décidément, n'étaient pas bien pratiques. Heureusement que le Grand Pan était mort, et que Dieu allait devenir un fumeur de havanes, on allait enfin pouvoir mettre un peu d'ordre dans le cosmos (pléonasme). Je vous épargne les querelles de clocher, vous trouverez ce qu'il vous faut pour creuser la question en améliorant votre anglais sur cet excellent site à propos du Greenwich Meridian.

La date-clé dans cette pagaille: 1911. Une convention mondiale est enfin établie. La terre est divisée en vingt-quatre quartiers d'orange de quinze degrés, les fuseaux, limités par les méridiens. A l'échelle internationale, pas de jaloux: le temps est désormais unifié et équilibré. La ville de Greenwich, (Royal Observatory of Greenwich, founded by Charles II in 1675) devient alors l'origine du repère, point de référence du méridien zéro duquel commence chaque nouveau jour, année, millénaire. Imaginez l'impact symbolique et économique d'une telle décision: on peut comprendre que chaque ville défendait son bout de lard!

Laissons la parole aux anglais:
" The Observatory, part of the National Maritime Museum, is since 1997 a UNESCO World Heritage Site. Visitors to the Observatory can stand in both the eastern and western hemispheres simultaneously by placing their feet either side of the Prime Meridian - the centre of world time and space."
Ça un coté infantile et stupide, comme dirais ce cher Ferris Buller, mais que voulez vous, c'est la tradition.

Et si votre actuelle spatialité (assis vautré devant votre ordi) et temporalité (alors que vous devriez bosser) vous en dit, je vous laisse aller jeter un coup d’œil sur ce sympathique site des fuseaux et décalages horaires. Vous y trouverez de plus amples informations sur les variations humaines quant à la rationalisation du temps cosmique. Vous pourrez aussi, à vous plus grand bonheur, y rêvasser devant la synchronie des heures à travers du monde. Imaginer les quatre heures du matin en Chine... Constater qu'Irlande et Portugal ont une heure de décalage horaire par rapport à la majorité de l'Europe Occidentale... Réaliser que les Camerounais prennent leur petit-déj à la même heure que vous... Il n'y aura plus qu'un pas qui vous séparant de l'achat d'un billet d'avion. Parisiens, descendez le méridien sur 829 km, et vous voilà à Barcelone. Promis, on y retourne ensemble.









mercredi 26 mars 2014

AT5, traces, ce qu'il en reste

Certes, comme disait mon père. 
Le silence à beau être d'or, nous n'avons pas tous la vertu des femmes de marins. Bien que nul n'attende plus, d'ailleurs, ce petit vélo de navire interne qui chemine dans ma cervelle, je me heurte à l'évidence du maintien des choses dans l'existence. Il me faut publier à nouveau. 
Est-ce rendre des comptes de la non-vacuité de mon temps? Une tentative de transmission? Pourquoi communiquons-nous, je vous le demande...

Mais ai-je besoin de faire en ce lieu (j'ai écrit lien) le détail de mes projets d'école? Foutre non. Et ce n'est point le cas. Nulle envie d'un site me prouvant paysagiste. Enlevons les boites. 
Il ne serait cependant pas honnête de les omettre. Voici ci-dessous quelques traces de l'AT5. Un story-board décousu. Les conjugués retours de pêche, et en ma mémoire sélective, et en celle d'un PC semi-lobotomisé.

Septembre, octobre, novembre 2013
AT5: Autour de l'axe de Meudon.
Site: Meudon et environs, sud-ouest de Paris
Groupe: Marie-Laure, Camille et Claude-Lucie et moi-même
"Du vertugadin au vertueux gadin". Plein de promesses. 
 Nota Bene: Deux béquilles et illumination, étang de Meudon











"La coupure, à l'inverse de la couture! Vous hésitez parfois entre cirque et taï-shi. Il vous faut d'avantage d'aller-retours entre vous, entre le site et vous. Entraînements et transmission d'énergie dans un seul et même système. Votre phrase urbaine doit trouver sa syntaxe, sa grammaire. Belle mise en danger: à vous maintenant de trouver la bascule entre anecdote et profondeur." Bruno Tanant, Esther Salmona.

dimanche 8 décembre 2013

La vie


Il est 13h25. Dimanche.
La messe, le marché. Il fait beau à en crever dans le ciel d'hiver.
Le soleil nous dilate dans l'espace du monde. Chaque être irradie, augmenté, étend sa surface spatialisée. Les ombres sont des puits, découpées nettes sur le bitume. Les voitures qui passent chuintent comme la marrée. Les roues frôlent le sol avec la douceur lourde des vagues. Et le bruit de leurs passages nous fait l'écho du coquillage. Il croit et décroît, cataracte répétée. Le sable lumineux du temps qui passe. Sablier inversé, suspendu, ralenti. Les minutes s'écoulent comme un verre qui déborde. Assise sur un porche quelconque comme échouée sur un rivage nouveau je goûte la paix stellaire. S'arrêter sur le bord du chemin. L'éternel retour. Joyeuse et profuse tyrannie nietzschéenne. La vie. La rue est un long fleuve qui se déroule et charrie ses bateaux, branches et feuilles emmêlées, poissons pierres algues tôles cadavres et poussières.
Les rayons sonnent cuivrés comme après l'orage, et caressent la rue lasse, gorgée de lumière, langoureuse, avachie, accoudée au goudron gourd, sensuelle comme une odalisque. Hydrique paix lubrique. Suinte de ses plis l'étendue cosmique. La voilà qui s 'étire, lumineuse, s'évapore, dans la dense transparence du voile du danseur. Chance encensée d'ascenseurs. De terribles et tumultueux volutes, moribonds intangibles amoureux, tueurs de ténèbres merveilleux. Divulgateurs de clarté hors du cloître, hydres diffus : fumeuse et solaire légèreté moite.
"Dans la ville humiliée,
semons la où il y a
de l'eau."

Françoise N. 70 ans. Lui parler une heure dans la rue radiante de douceur constellée.

Si vous pouviez voir la façon qu'à ce rayon de tomber sur la vasque de verre aux clémentines agglutinées! Déjà il passe, il a passé. Il heurte l'assiette qui sèche, au fond, redéfini son lieu, à l'unisson. Présence intensifiée. Il est 16h39. Et le temps s'étire avec une souple mollesse. On respire mieux, et sans savoir si l'air est moins lourd ou plus large notre cage thoracique. S'opère une curieuse dilatation générale de la surface éclairée, physique et symbolique. C'est comme si le vide avait changé de statut. Comme s'il s'était activé, était devenu énergie pure. Avait donné sens, donné corps à la matière. Une contraction dilatante, mais non. Un rapprochement mais qui laisse lisible. Comme un calque griffonné, une pièce de broderie, est magnifié sur le contre jour de la fenêtre. Intelligiblement cohérent. Une transpercion immanente. Le vide est vie comme le lien est lieu. Et la lumière s'imprime sur la plaque argentique. Tout est matière, ou rien ne l'est. Sur la rétine s'inscrit les mondes visibles et invisibles.
J'ai vu, rentrant, l'avion sur la branche. Comment comprendre quel espace les séparent: ils sont mitoyens. Ici se cristallise la poétique physique et la philosophie symbolique. L’œil et l'esprit. Dois je encore le nommer? Merleau-Ponty.
Image, en langage des sourds, est un arrêt palpitant. Deux mains ouvertes, dressées, paumes opposées à vous, pouces dissociés à l'équerre. Puis frémissement, de droite à gauche, interpénétration, ballet croisé des extrémités tactiles. Elle est là, l'image, devant vous, insaisissable. Si près extrêmement loin.
La main façonne ce que seul l’œil peut atteindre.
Le muet tableau.